fév 7
*Et j’ai fermé les yeux, une dernière fois.
Celui-ci date d’octobre 2006. Et j’en ai marre de faire de descriptions.
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Il fait si froid. Je suis étendu, tremblant de tous mes membres et pourtant couvert de sueur. Malsaine, cette terreur qui transpire de mes pores, qui coule sur ma peau, rentre dans mes yeux. Ce goût amer sur ma langue, comme mélangé à de la bile, comme si je rejetais depuis l’intérieur de mes tripes une sensation étrangère. Une substance toxique secrétée par mon esprit qui s’est perdu sans ses éclats. Je sens chaque battement de mon cœur se répercuter à l’arrière de mon crâne. Régularité implacable, lancinante, accompagnée de flashs contre mes paupières. Par mes poumons s’infiltre un air pesant, qui diffuse peu à peu sa froideur insupportable en moi. Inéluctablement. Une boule de douleur noue ma gorge, déchire mon ventre, écrase mon cerveau. Je ne sais plus. Chaque respiration m’asphyxie progressivement. Le sol sous moi se fait plus dur, plus glacial. Un halo rougeâtre perce depuis mes paupières, entre deux battements je prends plus conscience de la lumière. En dehors de ma peau.
Ne me laissez pas ouvrir les yeux. Pas encore, plus maintenant. Ce n’est pas la peine. Laissez-moi sombrer. Dormir, enfin.
Je ne devrais pas penser, c’est fini maintenant. On ne peut pas être encore en vie, pas comme ça… J’étais encore vivant la dernière fois que j’ai ouvert les yeux et à présent ils sont morts. Ils ne me rendent plus que leur propre image, que leur propre absence. J’ai ouvert les yeux.
Et il y avait des miroirs, se reflétant dans des miroirs qui n’en finissaient plus de se refléter. Sans fin, un vide impossible, sans limite aucune, sans aucun défaut. Baigné dans une clarté sans source, invisible. Rien. Rien que ces réflexions d’images de reflets. Rien, ni personne. Personne et même pas moi. Un vide se répétant sans cesse. J’ai fermé les yeux. Parce que j’étais mort.
Il n’y avait pas de solution.
Et j’ai oublié les miroirs. Et j’ai sombré. J’ai même oublié de me souvenir. E je me suis réveillé dans un rêve. Il y faisait froid. Mes yeux fermés se sont rouverts.
Et j’étais vivant.
Je me suis levé, tout à disparu.
Encore.
*
Pas de commentairesfév 2
Dead eyes see no future.
Encore un texte exhumé de l’ancien blog. Il date d’il y a quatre ans. Déjà. Ce n’est pas tellement pour meubler (encore que) mais surtout parce que d’un côté ça fait du bien de se dire que ces histoires peuvent revivre un peu plutôt que de pourrir indéfiniment sur mon disque dur. Pas de correction, je ne sais pas revenir sur ce que j’ai fait, je ne le referais pas comme ça maintenant ceci dit.
Bref, parfois ça fait plaisir de vous lire aussi.
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C’est seulement lorsqu’il entendit le bruit de la clé sortant de la serrure de son appartement qu’il comprit qu’il ne ferait plus jamais le chemin en sens inverse. Qu’il ne reviendrait plus dans le couloir mal éclairé et décrépit situé de l’autre côté. Après tout ce temps, c’en était fini.
Il n’était plus question de remettre une seule fois le pied dans cet intérieur qui l’avait accueilli depuis bientôt dix ans… C’était au-dessus de sa volonté, au-delà de ses forces.
Il se remémorait toutes ces nuits hantées des songes inhumains. Ces plaintes dans les murs lorsque le vent soufflait trop fort au dehors. Tous ces cauchemars hideux qui revenaient chaque nuit et qui cessaient brusquement à 4h30 du matin. Il avait encore la sensation du sang lui coulant le long des bras… Des ses doigts qui s’enfonçaient dans les orbites hurlantes de ses victimes qu’il laissait se vider de leur vie sur le sol. Jusqu’à ce que ses yeux s’ouvrent. Mais il gardait toujours une sensation désagréable dans sa peau en dépit du soulagement procuré par son réveil.
Son sommeil ne lui accordait pas de repos.
Mais ce qui avait été son lot quotidien, il ne pouvait plus le supporter. Pas maintenant qu’il savait ce qu’il avait été.
Pourtant sa matinée avait commencé comme les autres. Levé à 8h00, un passage dans la salle de bain et vite descendu, comme à son habitude vers le bar du bas de sa rue pour prendre un café. Mais il s’était arrêté devant la porte de son ancien voisin de gauche, sans trop savoir pourquoi. Il savait l’endroit inhabité depuis des années mais il était comme attiré, malgré l’odeur étrange qui suintait par les interstices du bois pourrissant.
Il poussa la porte qui s’était ouverte dans un gémissement de gonds fatigués. Il chercha un instant l’interrupteur puis la lumière crue se déversa de l’ampoule qui pendait par des fils dénudés au plafond parsemé de tâches d’humidité.
Il sentit que l’odeur de pourriture provenait de la salle de bain. Voulant en connaître la cause exacte il fit quelque pas et sa main s’avança vers la poigné rendue rougeâtre par la rouille.
Mais ce n’était plus le moment de revenir sur ce qui s’était produit, pas maintenant. Il était trop tard pour lui. Il rangea la clé qui ne lui servirait plus et plongea sa main dans sa poche pour saisir l’objet qui l’avait fait retourner dans sa chambre.
Le métal brillait faiblement dans la lumière sale qui filtrait péniblement par les vitres opaques de la porte d’entrée de l’immeuble.
Il ne prit même pas la peine de vérifier que les balles étaient bien dans le chargeur. C’était une certitude. Lorsque le chien de son arme émit le cliquetis annonçant qu’il sèmerait l’obscurité en revenant à sa position initiale, il esquissa un léger sourire.
La dernière image qui lui traversa l’esprit avant la détonation fut celle de cette baignoire grise, derrière la porte. Elle était remplie à ras bord par des yeux humains lançant leurs regards morts dans toutes les directions.
1 commentairejan 26
Change
Rien n’est obligatoire; je ne suis moi-même pas obligé d’être moi. Tout ça est sans conséquences réelles, véritablement sans danger et je pense même pouvoir, avec le temps et l’expérience, appeler cela un jeu, sans craindre d’offusquer personne, surtout pas mes observateurs qui sont à présent habitués à bien pire de ma part sans manifester outre mesure leur mécontentement.
C’est tout du moins ce que je m’autorise à croire et la réalité, qui se fait toujours plus dense quand on y regarde d’un peu trop près, me rappelle souvent à l’ordre en me disant que mes perceptions sont erronées et que mes affirmations à propos de mes semblables ne sont que de vastes plaisanteries tout juste bonnes à faire rire n’importe qui se penchant dessus avec un minimum de sérieux.
Alors, quoi, il me fallait donc tout abandonner? Me rendre à l’évidence, les mains au dessus de la tête en criant « c’est vrai, je l’ai fait, je me suis trompé, j’ai cru bien faire et c’était faux, regardez-moi, qui me suis fourvoyé quand vous aviez tous raison » ? Je ne crois pas. Je ne sais pas serait plus juste, mais je préfère la croyance au savoir dans ce genre de cas, car elle a le mérite d’être malléable et relative alors que l’absolu et l’exactitude me font de plus en plus peur.
Dead In Existence by *bleed-the-sky
Personne ne me force à être qui je suis et pourtant le temps me fait sentir le poids, l’importance des autres sur ma personnalité. Ils m’appellent par un prénom, ce sont à présent eux qui me nomment après que je me sois présenté, ils me proposent une bière et non pas un café, je n’ai plus rien à dire, je suis pour eux un buveur de bière, avec des goûts qu’ils m’attribuent après que je les aie affirmés, certes, mais si je venais à en changer?
Je n’ai pas de réponse à cela, si je voulais devenir quelqu’un d’autre il me faudrait me débarrasser des autres car ce sont eux la structure, la véritable enveloppe externe de ce moi qui me compose. Même quand je ne suis pas là je reste le même car c’est eux qui sont les détenteurs de mon image pour le monde, je n’existe pas sans un regard. Sans cette vue extérieure je serais comme le bruit de cet arbre qui tombe dans la forêt sans que personne ne puisse l’entendre. Je serais éventuellement une notion grâce à des documents officiels, eux mêmes créés par d’autres parfois même avant mon existence. Mais je ne serais guère plus.
Si je ne change pas vraiment c’est parce que personne ne change, à vrai dire. Comment faire admettre un bouleversement aussi profond que « je ne suis plus moi » à des êtres qui vous ont toujours connus ainsi. Soit vous passez pour un fou, soit pour un marginal. Au mieux vous serez « celui qui a été » avant de changer brutalement.
Il n’y a que des évolutions, généralement mineures. Le changement n’est admis qu’après un événement, souvent brutal, de taille à le justifier. Et encore, il sera remis en question une fois les conséquences de celui-ci effacées au loin. Sauf si le changement en question s’accommode avec la perception qu’ont les autres de ce qu’ils voudraient que l’on soit. Auquel cas on peut dire que le changement n’est acceptable qu’en « bien » pour une personne ou une autre, et non uniquement en « différent », ce qui élimine toute notion de réelle liberté puisqu’une fois de plus on dépendra de cette vision externe, de cette extrapolation sur notre être forgée à partir d’éléments qui, au départ plus ou moins contrôlés, nous échappent ensuite de façon complète pour parfois se retourner contre nous.
Qui n’a jamais été catégorisé de façon totalement inexacte par un proche, une connaissance, un ami voire ses propres parents? Personne, je le crains. Si on possède un argumentaire suffisant, on arrive cependant à faire évoluer ce type de perceptions, mais il reste toujours ce noyau dur, cette création qui apparaît être nous-mêmes pour tout le monde et dont on ne peut tout simplement plus se débarrasser au bout d’un certain temps.
On peut comprendre que quelques-uns prennent alors des virages brutaux dans leur vie; se convertissant à une secte, partant vivre dans un coin reculé loin de tout, abandonnant derrière eux tout ce qui leur colle à la peau de façon tenace, toute cette peinture illusoire appliquée au fil des ans par nous-mêmes et fixée par le vernis des Autres.
Il est tout à fait logique que certains pètent les plombs d’un jour à l’autre, sous le poids de cette dictature invisible mais néanmoins pesante. Quand il n’y a pas d’autre solution que d’être un soi-même qu’on ne choisit plus, vient un moment où la seule alternative est violente, quelle qu’elle soit.
Et tout ça pour quoi? Je n’ai pas de réponses réelles, que des constats et trop de questions en suspens que je n’ose parfois même pas me poser.
Mais un jour, je changerai.
Quoi que ça implique.
1 commentairejan 26
Vois le monde comme un poisson rouge mort
Ceci est ma dernière péloche réalisée avec le Lomo Fisheye N°2 avant longtemps. Les photos datent de l’été dernier, j’avais complètement oublié ce qu’il y avait dessus. Bref. Le prix des développements est trop cher pour que cela reste intéressant et je compte rentabiliser mon Fisheye digital. Après avoir testé les développement dans pas mal de magasins, j’ai voulu tenter la FNAC. Comme tous les magasins de photo, quand on leur demande uniquement de mettre les photos sur CD et non sur papier (+dev des négatifs évidemment) ils font un véritable travail de porcs. Mais ça ce n’est pas une surprise vu que c’est pareil partout (apparemment le matos n’est pas du tout adapté et du coup c’est juste laid). Enfin, trêve de bavardages.
Au fait, pour les titres suffit de passer sa souris sur l’image miniature (pour ceux qui n’avaient pas tilté depuis le temps).
Pas de commentairesjan 18
Wandering stars.
L’intégralité du concert dont c’est extrait est visible en cliquant là. Si jamais vous n’avez pas le temps ou l’envie de tout voir, ou que vous ne connaissez pas bien Portishead (ça arrive même aux meilleurs, ce genre de choses), je vous conseille particulièrement Roads ou The Rip, mais sinon, essayez au hasard, l’avantage de ces versions étant qu’elles sont plus faciles d’accès que sur les albums, vous ne devriez rien détester en particulier.
Et, oui, je suis monomaniaque parfois. (et puis, bordel, c’est juste magnifique).
Pas de commentairesjan 16
Numb[h]er .I
Ecrit à la place (littéralement) de mon partiel de Civilisation & Littérature. Suite éventuelle à venir. Le titre vient en partie de là (Portishead s’écoute avec des basses dignes de ce nom ou ne s’écoute pas. C’est dit.) :
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Je savais que tout chez lui reposait sur un équilibre ténu entre le silence et une déflagration. C’était un de ces êtres instables dont le calme, l’apparente tranquillité dissimulait un bouillonnement continu d’idées et d’envies au poids variable qui venaient périodiquement s’écraser quelque part au sein de sa carapace pour s’échapper doucement sous la forme de quelques phrases manifestement hasardeuses mais qui semblaient toujours avoir été choisies avec le plus grand soin.
Il pouvait rester des heures sans rien dire, le regard vide et fixé sur des paysages invisibles, quelque part au-delà des murs. Dans ces moments, il se contentait en général d’acquiescer ou de remuer la tête quand on venait lui adresser la parole. C’est pourquoi on lui avait donné le surnom de « Mute ».
J’étais fasciné par l’apparente pesanteur de l’air sur ses épaules, comme s’il avait acquis une densité telle qu’il générait à présent sa propre gravité, imposant à son organisme une incroyable contrainte. Le fait de soulever ses paupières semblait être une concession faite au monde, un compromis entre ses yeux et la lumière du jour, comme s’il n’avait pas réellement besoin de contact visuel avec cette réalité.
Malgré cette lenteur, cette inertie, j’avais conclu qu’il était dans un état constant de fuite immobile. Il était devenu, à l’image de ces avions furtifs aux lignes brisées, une sorte de structure complexe indécelable pour les radars. Les regards glissaient sur lui et on l’oubliait avant même d’avoir remarqué sa présence. Peu de gens savaient qui il était, sans parler de le connaître.
Je l’avais rencontré dans un bar. Il était assis seul à une table pour deux et toutes les autres places étaient prises. J’étais, ce jour là, bien trop vide pour me soucier de quoi que ce soit et je m’étais assis en face de lui sans vraiment chercher à obtenir son approbation. J’avais besoin de m’asseoir, besoin de souffler et de boire une bière en paix. Il avait simplement décalé sa tasse de café et continué à griffonner des lignes sur une feuille volante. J’avais découvert par la suite que c’était une de ses habitudes et que ces bouts de papier sans liens entre eux étaient recouverts de locutions lapidaires et brutes semblant échappées directement d’une sorte de demi-rêve un peu trouble.
Je me souviendrai, je crois, toujours de cette rencontre car il n’avait prononcé qu’une seule phrase après que j’aie bu la moitié de mon verre :
- La bière, comme l’amour, laisse une saveur amère dans la bouche, mais heureusement les deux ne détruisent pas les mêmes organes.
C’est à cet instant que mes yeux se sont perdus dans les siens avant de se noyer dans mes larmes.
1 commentairejan 8
Coming back
Les nuages qui sortent de ma bouche capturent une lumière trop absente. Les secondes sont gelées et s’effilochent péniblement le long de leurs aiguilles. Tout est sombre, je suis seul, et sans bruit je m’évanouis dans la foule inexistante.
C’est étrange comme le temps ne semble plus vraiment passer, je revois ta main derrière la vitre et j’essuie furtivement la glace qui fond au coin de mes yeux. Une mélodie inappropriée remplit mon crâne vide et mon souffle ne se reflète pas dans le miroir.
J’ai froid.
Mes bras, qui ne sont plus que de simples membres, ne se trouvant plus d’utilité, tentent de se cacher au fond de mes poches. Lentement je m’éloigne, je ne sais plus où je vais au juste, mais tout ira bien, c’est à cinq minutes.
Une fois arrivé je n’étais plus là. Personne ne m’a répondu alors j’ai cessé de parler. J’ai regardé le mur et il m’a fait mal rien qu’à exister.
J’aimerais décrire dans un silence ce que je ne ferais que paraphraser avec mes mots.
Pas de commentairesdéc 13
Pointless
M: Tu sais cette fille tout à l’heure?
A: Eh bien quoi?
M: Je pige toujours pas pourquoi je l’ai envoyé paître, elle avait l’air sympa, un peu bourrée, certes, je ne savais pas si elle s’intéressait à ma bière pas ouverte ou à moi, mais enfin, on aurait pu causer.
A: Mais tu l’as envoyé chier, bon, et alors?
M: Et alors je sais pas, qu’est ce qui fait que je me retrouve à te causer à toi au lieu d’elle?
A: Tu ne la trouvais même pas jolie de tout façon.
M: Et alors? Je m’en fous, c’est pas le sujet, pour désirer quelqu’un il faudrait déjà que je me souvienne de ce que désirer quoi que ce soit veut dire. J’en voulais même pas de cette bière.
A: Mais au final t’as jeté la fille et bu la bière. T’as préféré la blonde à la brune, et ensuite?
M: Je suis un con, voilà ce qu’il y a.
A: Rien de neuf.
M: Voilà et qu’est ce qui fait que maintenant je me retrouve là à me faire des dialogues dans ma tête plutôt que d’avoir une éventuelle discussion passionnée sur n’importe quoi avec une fille qui m’aurait taxé une bière?
A: La solitude. Et ta connerie. Et le fait que de toute façon elle t’aurait pas supporté dix minutes dans ton état de négativisme actuel.
M: Oh et va te faire foutre toi aussi.
A: C’est ça, et toi, va te coucher. J’en ai marre de te servir de faire-valoire. Abruti égocentré va.
M: Et merde.





