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mar 5

Nowhere out of the world

Recyclage, encore et toujours. J’ai un projet de lancé ceci dit, ça inclurait notamment ceci. J’ai déjà quelques pages, mais il me manquera probablement la motivation pour en faire quoi que ce soit.

Ce n’est pas non plus comme si c’était grave de toute façon.

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- Bon, admettons que tout ceci ne soit qu’un rêve. Une vaste mascarade tirée de mon esprit tordu. Rien qu’une bête invention sans importance. Pourquoi pas après tout, ça ne serait pas la première fois que je me retrouverais enfermé dans un songe dérangeant. J’en ai vu d’autres. Et en plus, pour changer, je ne suis pas couvert de blessures atroces, aucun monstre improbable et sadique ne tente de me bouffer et le plafond ne menace pas de me réduire à l’état de vulgaire galette de viande. Tout va bien.

Silence, il cligne des yeux et continue à me fixer avec cet air indéfinissable. Son regard semble refléter un vide qui n’existerait nulle part. Comme s’il n’était pas vraiment dans cette pièce.

- C’est bien ma veine tiens, je suis bloqué dans un genre de demi-cauchemar avec un autiste. Et muet comme une tête coupée en plus. Encore que je pense avoir déjà vu des crânes plus loquaces. Dans mes autres rêves en tout cas… T’es quand même pas réellement muet ?

Raté, toujours rien. Même pas une lueur de compréhension, une mimique d’attention chez ce… gris. Tout chez lui est de la couleur de la cendre, de cette espèce de pyjama qu’il porte à sa peau. En ce qui concerne ses cheveux, le problème est vite réglé, il n’en a pas. D’ailleurs je n’aperçois pas de traces d’une quelconque pilosité sur son corps. De toute façon je n’irai pas vérifier.

- C’est pas vraiment sympa de ta part de me laisser causer tout seul. Et puis si tu es là avec moi c’est qu’il y a une raison. Après tout je suis un peu Dieu ici. Enfin, la partie qui pionce en tout cas. Je n’irais tout de même pas me mettre volontairement dans une situation aussi gênante, tu penses bien.

Mais c’est à se demander s’il est réellement capable de penser quoi que ce soit. Il se lève en s’appuyant sur le mur, sa main contrastant étrangement avec l’orange du papier peint, et va s’appuyer contre la fenêtre. Je tente de faire de même, sans succès. Comme si j’étais cloué au sol par une attraction beaucoup trop forte.

- Hey, machin, tu voudrais pas être un peu coopératif et m’aider à me tailler d’ici ? La déco est affreuse et le sol totalement inconfortable. Allez quoi, tu te retournes, tu me files un coup de main et on se barre. Avec un peu de chance ça me réveillera…

Au lieu de ça, il tourne la poignée et ouvre la fenêtre en grand. Pas un son au dehors, pas un souffle d’air dans la pièce, rien. Il commence à enjamber le rebord.

- Qu’est ce que tu fous ? Tu vas quand même pas me laisser pourrir ici, ça n’a aucun sens… En plus tu vas te tuer, on est beaucoup trop haut…

Et pour cause, tout ce que je peux voir de là où je me trouve c’est le toit d’un immeuble qui ressemble furieusement à un gratte-ciel. Il a presque fini de passer sa deuxième jambe quand une idée me vient :

- Attends, tu ne peux pas sauter, c’est impossible. Je ne sais pas si tu es au courant, mais on ne peut pas ouvrir les fenêtres dans les gratte-ciel. A cause des gus comme toi justement.

J’ai à peine le temps de saisir toute l’absurdité de ma réflexion qu’il a déjà sauté. Il disparaît de mon champ de vision sans un bruit. Je reste seul dans cet endroit anormal, et je ne peux toujours pas me lever.

- Merde alors, je suis bien avancé là…

Mes mots se sont dilués dans l’air sans personne d’autre que moi pour les recevoir. Un instant plus tard pourtant, une porte s’ouvre à ma gauche. Entre alors un personnage que je ne distingue pour le moment que très vaguement. Il est apparemment vêtu de cet ensemble gris que portait celui qui vient de sauter. Il referme derrière lui et s’avance vers moi.

C’est exactement l’homme que j’ai vu se jeter dans le vide. Il me fait signe de me lever, ce que contre toute attente j’arrive à faire sans problème. Il va fermer la fenêtre et me désigne un endroit ou m’asseoir. Il prend ma place contre le mur.

- Et… maintenant ?

Il ne répond pas. Ses yeux ont changé, ils brillent d’un éclat qui n’a plus rien à voir avec cet air morne qu’il avait tout à l’heure. Sans bouger d’un pouce, il m’adresse un regard qui pour moi veut tout dire. Il n’a pas prononcé une parole mais j’ai clairement compris.

Maintenant, c’est mon tour.

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