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mai 14

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Mon reflet a fermé sa gueule et est parti pleurer dans un coin. J’avais perdu, à ce moment là j’en étais sûr. Je me suis retrouvé comme un con face au miroir vide, à contempler la pièce derrière moi en me demandant où j’avais pu passer et ce que je fichais ici. Je l’ai appelé sans vraiment y croire et je suis parti moi aussi.

Mes pas m’ont mené dans le salon, face à un autre miroir, où j’ai retrouvé mon reflet. Mais il ne s’occupait pas de moi, il était de dos, face à la fenêtre, la tête entre les mains, agité de sanglots. D’un côté je l’enviais, lui au moins arrivait à pleurer. Je n’avais plus versé une larme depuis bien trop longtemps et j’avais l’impression d’être un lac asséché qui n’intéresse plus personne à part le vent et la poussière.

Je l’ai observé jusqu’à ce qu’il se mette à bouger, lentement. Il a ouvert la fenêtre et j’ai cru sentir un courant d’air, alors même que de mon côté, elle n’avait pas bougé. Puis il a grimpé dans le cadre et s’est mis debout sur le rebord. Il s’est retourné vers moi, me regardant presque, les yeux dans le vide. Je crois qu’il tentait de me dire quelque chose, par le regard. Sa main s’est levée, comme pour esquisser un geste, mais il l’a laissé retomber, avec un soupir.

De nouveau tourné vers l’extérieur, je l’ai vu se jeter dans le vide. Je n’ai rien entendu, bien sûr. Mais je suis tout de même allé voir par ma fenêtre, au cas où. La rue s’étendait, morne et vide, neuf étages plus bas, et rien ne s’y passait.

Je suis retourné dans le salon et me suis assis dans le canapé, tout en regardant son reflet rester vide.

1 commentaire

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  1. Sonia mai 21st, 2010 15:59

    C’est bien étrange d’en entendre parler à la troisième personne, presque rassurant d’apprendre que dire « je » ne l’englobe pas lui aussi. Et qu’au final il existe un moyen de s’affranchir de lui quand il se fait trop encombrant.