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Numb[h]er .I

janvier 16th, 2010 | Category: Compulsive logorrhea,Numbers

Ecrit à la place (littéralement) de mon partiel de Civilisation & Littérature. Suite éventuelle à venir. Le titre vient en partie de là (Portishead s’écoute avec des basses dignes de ce nom ou ne s’écoute pas. C’est dit.) :

Numb – Dummy – Portishead

- – - – - – - -

Je savais que tout chez lui reposait sur un équilibre ténu entre le silence et une déflagration. C’était un de ces êtres instables dont le calme, l’apparente tranquillité dissimulait un bouillonnement continu d’idées et d’envies au poids variable qui venaient périodiquement s’écraser quelque part au sein de sa carapace pour s’échapper doucement sous la forme de quelques phrases manifestement hasardeuses mais qui semblaient toujours avoir été choisies avec le plus grand soin.

Il pouvait rester des heures sans rien dire, le regard vide et fixé sur des paysages invisibles, quelque part au-delà des murs. Dans ces moments, il se contentait en général d’acquiescer ou de remuer la tête quand on venait lui adresser la parole. C’est pourquoi on lui avait donné le surnom de « Mute ».

J’étais fasciné par l’apparente pesanteur de l’air sur ses épaules, comme s’il avait acquis une densité telle qu’il générait à présent sa propre gravité, imposant à son organisme une incroyable contrainte. Le fait de soulever ses paupières semblait être une concession faite au monde, un compromis entre ses yeux et la lumière du jour, comme s’il n’avait pas réellement besoin de contact visuel avec cette réalité.

Malgré cette lenteur, cette inertie, j’avais conclu qu’il était dans un état constant de fuite immobile. Il était devenu, à l’image de ces avions furtifs aux lignes brisées, une sorte de structure complexe indécelable pour les radars. Les regards glissaient sur lui et on l’oubliait avant même d’avoir remarqué sa présence. Peu de gens savaient qui il était, sans parler de le connaître.

Je l’avais rencontré dans un bar. Il était assis seul à une table pour deux et toutes les autres places étaient prises. J’étais, ce jour là, bien trop vide pour me soucier de quoi que ce soit et je m’étais assis en face de lui sans vraiment chercher à obtenir son approbation. J’avais besoin de m’asseoir, besoin de souffler et de boire une bière en paix. Il avait simplement décalé sa tasse de café et continué à griffonner des lignes sur une feuille volante. J’avais découvert par la suite que c’était une de ses habitudes et que ces bouts de papier sans liens entre eux étaient recouverts de locutions lapidaires et brutes semblant échappées directement d’une sorte de demi-rêve un peu trouble.

Je me souviendrai, je crois, toujours de cette rencontre car il n’avait prononcé qu’une seule phrase après que j’aie bu la moitié de mon verre :

- La bière, comme l’amour, laisse une saveur amère dans la bouche, mais heureusement les deux ne détruisent pas les mêmes organes.

C’est à cet instant que mes yeux se sont perdus dans les siens avant de se noyer dans mes larmes.

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Co-work [12]

avril 17th, 2009 | Category: Co-work,Compulsive logorrhea

T.o.d.a.y. i.s. a. b.a.d.d

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- Une tapette avec des couilles plus grosses que ta tête, ma chère, dis-je quasiment instinctivement.

Je ne savais pas vraiment pourquoi mais même la présence de ces armes en surnombre n’arrivaient pas franchement à me rassurer. Pour tout dire je ne savais toujours pas pourquoi j’avais pu considérer que rester chez moi n’était pas la bonne option ce matin. Parce qu’elle me semblait foutrement attrayante à présent. Laura ne releva même pas, continuant à jouer avec son engin de destruction, vissant et dévissant le silencieux. Pierre quant à lui se saisit négligemment du fusil assaut, comme s’il venait en fait de le laisser là.

- Depuis le temps que tu m’as emprunté ce truc, Niels, j’en aurais presque oublié l’existence, tu ne l’as pas abîmé au moins? En tout cas ça fait plaisir de le retrouver.

Ben voyons, Pierre qui éprouve du plaisir? Mais on aura tout vu aujourd’hui. En plus il n’y avait même pas de fusil à pompe dans cet arsenal. Monde de merde.

- Tu cherches ton Benelli adoré, j’imagine, me dit Niels avec douceur.
- C’est cela même, tu l’aurais pas planqué juste pour m’ennuyer, toi ?
- Pas exactement, je n’ai jamais dit que tout l’arsenal était là, ici ce n’est que le « buffet », avec un assortiment de vos friandises préférées si l’on puis dire. Je dois avouer que comme je ne savais pas si tu jetterais ton dévolu sur une paire de flingues ou un shotgun, j’ai laissé ceux-ci dans l’armoire.

En finissant cette phrase, il désigna alors un des murs qui, effectivement comportait deux ronds dont on pouvait supposer qu’ils correspondaient à deux poignées de portes. Je me fustigeai mentalement de n’avoir rien vu en entrant, ce qui était une erreur grotesque liée à mon stress. Je suis allé ouvrir directement, dévoilant un râtelier qui, s’il n’était pas franchement imposant, n’en était pas moins d’une taille tout à fait respectable. Il contenait principalement des fusils à pompe mais aussi quelques mitraillettes de type UZI, avec lesquelles je n’avais aucune expérience. Sur le sol trônait une MG249, arme rêvée d’An qui n’avait jamais pu en posséder faute de moyens. Elle semblait être là en hommage à celui-ci, bien que je soupçonne un autre motif nettement moins agréable. Mais je ne comptais pas ouvrir les hostilités à ce moment, j’étais bien trop satisfait de retrouver mon Benelli pour l’instant. Je suis revenu au milieu de la pièce, où tout le monde avait eu le temps de s’équiper. Niels leva les mains, indiquant qu’il demandait toute notre attention.

- Je vois que chacun a trouvé son bonheur ici. Nous allons à présent nous rendre sur le champ de tir. Je ne compte pas vous mettre à l’épreuve, je veux juste que vous vous sentiez de nouveau en phase avec votre arme, histoire de pouvoir donner votre maximum si besoin est sans problèmes inutiles liés à un manque de préparation. Après ça vous irez dans une chambre qui vous sera individuellement désignée. Je refuse de transiger vis à vis de ça, que les choses soient claires, d’ailleurs Laura aussi dormira à part, au cas où quelqu’un ose se poser la question. Evidemment, vous aurez mangé entre temps et eu le temps de prendre une douche dans la salle prévue à cet effet. S’il y a des questions, qu’on les pose tout de suite, j’ai encore une info importante à vous donner avant de partir.

Personne n’esquissa de réelle réaction. Pierre avait eu le temps de démonter et remonter son arme les yeux fermés pendant ce discours, chose qui ne laissait pas grand doute quand à la persistance de ses réflexes. Laura avait à peine levé un sourcil quand Niels avait lâché sa phrase sur les chambres seules et moi, eh bien, je n’en avais plus grand chose à cirer, je me laissais porter par le mouvement. Pour l’instant.

- Très bien mes loulous, je vois que vous commencez à saisir l’esprit de la journée. Maintenant c’est l’heure du goûter, oasis et snickers pour tout le monde!

Il sortit donc tout naturellement des barres de concentré nutritif et des boissons énergisantes d’un des tiroirs de la table. Une de chaque par personne. Décidemment, tout était prévu, à Nowhere Land. Pour un peu, on se serait cru en colonies de vacances. Un gros peu, j’admets, mais tout de même. Chacun prit sa part et commença à manger. Une fois les denrées englouties, Niels nous fit signe de le suivre.

Le champ de tir était situé dans un autre étage. Le troisième, si j’avais bien compté. Et visiblement, il en occupait une partie assez importante, nous étions arrivés sur une plateforme qui surplombait la zone proprement dite, ce qui donnait un bon aperçu de la chose. Rien n’avait été oublié, cibles mouvantes, statiques et décors urbains reconstitués. J’étais assez impressionné, il fallait l’admettre. Niels nous dit alors que nous n’avions qu’à suivre les flèches. Et il partit devant, son flingue à la main, chopant au passage quelques chargeurs sur une table. Il descendit une échelle et passa une porte qui se ferma derrière lui. Un panneau à côté de cette porte passa immédiatement au rouge. Il affichait précédemment une flèche verte. Pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour piger le principe. Celui qui avait conçu cet endroit était vraiment un acharné, mais il aimait le travail bien fait, et ce n’était pas pour me déplaire. Ceci dit, cela me faisait un indice de plus pour dire que Niels n’était pas seul derrière tout ça. Sinon il ne se serait pas donné la peine de passer devant. Quelque chose me disait même que lui non plus n’était pas forcément totalement briefé. Et le fait qu’il puisse manquer des éléments à Niels, ce n’était pas franchement quelque chose de rassurant.

- Bon les glandus, moi j’y vais, lâcha Laura.

La flèche était effectivement de nouveau passée au vert, mais Pierre était trop absorbé par la contemplation du parcours de Niels pour s’en apercevoir. Je ne m’en étais même pas rendu compte, tellement le vide que j’avais fait dans mon esprit était grand. Encore un vieux réflexe qui revenait, je suppose. Penser à autre chose peut aider à mieux réussir ce genre d’épreuve. C’est quelque chose que j’avais appris à mes dépends bien trop tard mais qui depuis ne m’avait plus quitté. Soit. Qu’elle passe. Nous y passerons tous, de toute façon. Et je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire en pensant cela.

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Co-work [10]

février 15th, 2008 | Category: Co-work,Compulsive logorrhea

 T.o.d.a.y. i.s. a. b.a.

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Il ne le sortit pas, mais je pouvais voir qu’il avait sa main sur un objet au reflet très particulier, un reflet que je connaissais presque aussi bien que le mien, celui d’un flingue. Et pas n’importe lequel. C’était l’ancienne arme fétiche de Niels, celle qu’il portait en permanence sur lui à une époque. Je pensais qu’il s’en serait débarrassé, mais sans vraiment y croire. C’était une de ces armes de film qui en imposent, de celles dont le prestige suffit à faire comprendre à celui qui se retrouvait en face qu’on avait soit affaire à un frimeur, soit à un passionné. Et Niels était tout sauf un frimeur, il prenait soin de son Magnum Desert Eagle comme s’il avait fait partie de son corps. En un sens c’était un peu le cas, sans lui, il aurait cessé de vivre il y a plusieurs années.

- Les gars, préparez-vous à sortir vite fait, je ne suis pas sûre de ce qui se passe, mais je préfère ne prendre aucun risque. Faites gaffes à vos têtes, ça va secouer un peu… maintenant.

Tirant d’un coup sec le frein à main, Laura fit pivoter un grand coup le volant, retournant ainsi la voiture au milieu d’un carrefour. J’avais posé le pied sur le sol alors que des graviers retombaient encore aux alentours, me maudissant de n’avoir pas pris d’arme sur moi, ne serais-ce qu’un canif. Une voiture déboucha de la ruelle et s’arrêta à quelques mètres, plutôt doucement, c’était assez étrange et je commençais vraiment à me demander ce qui pouvait bien se passer. Les autres étaient prêts, rien de visible, mais je savais que chacun d’entre eux ne mettrait pas plus de quelques secondes à se transformer en machine à tuer s’il le fallait. Les vieux réflexes, surtout s’ils étaient liés à la survie, seraient bien vites revenus. La portière du véhicule gris s’ouvrit, côté conducteur. Un grand type brun en sortit toussa un coup et cria :

- C’est sympa de vous être arrêtés, j’avais pas l’intention de faire la course avec vous hein, je voulais juste un renseignement.
- Quel genre de renseignement ? demanda Niels, toujours sur ses gardes.
- Eh bien, c’est à dire qu’en voyant quatre jeunes comme vous dans une voiture, dans ce coin je me suis dit que vous pourriez m’aider, je vous ai suivi pour ça en fait, il n’y a personne par ici alors je désespérais un peu et… enfin bref je me demandais si vous pouviez m’indiquer le bar l’Inferno, je sais que c’est plutôt jeune comme public et il se trouve que j’ai rendez-vous là bas mais que j’ai perdu l’adresse et le numéro de téléphone de la personne que je dois y retrouver… Je ne peux pas me permettre d’être en retard alors si vous saviez, vous me sauveriez la vie…

Nous devions tous avoir l’air perplexe parce qu’il a très vite commencé à se diriger vers sa voiture en s’excusant de nous avoir dérangés, mais Niels l’a arrêté en lui indiquant un itinéraire. Le gars l’a remercié chaleureusement et est reparti en faisant crisser ses pneus. Je soupirai un grand coup et remontai à ma place. Laura avait l’air un peu gênée, Niels semblait plutôt pressé et Pierre s’en foutait ou semblait s’en foutre, comme d’habitude.

- Il était correct ton itinéraire ?
- Tu t’en doutes non ? Tu m’avais habitué à moins de naïveté Ian, je n’ai pas la plus petite idée d’où se trouve son troquet et pour tout dire, ça ne m’intéresse pas. Au moins ce type sera reparti rassuré, c’était en quelque sorte une bonne action sur un très court terme que de lui indiquer n’importe quel chemin, à l’échelle de quelques minutes, en fait, je suis un type formidable, tu vois ?
- Question de point de vue oui, ça se tient.

Nous avions déjà fait demi-tour et nous dirigions vers ce fameux lieu sans nom qui avait tendance à m’intriguer. Laura semblait être assez au courant puisqu’elle conduisait sans carte. Au début cette façon qu’avait Niels de ne donner certaines informations qu’aux personnes concernées me hérissait, mais je m’y étais fait. Pour le moment je me réadaptais et je dois dire que j’étais un peu irrité. Ça plus le fait que je me sente vulnérable n’avait pas arrangé ma mauvaise humeur de la journée. Vraiment, je crois que j’aurais aimé dormir un peu plus. Il était a peine midi et il m’était déjà arrivé plus d’emmerdes que j’avais l’habitude d’en essuyer en quelques semaines. Décidément, j’étais mieux chez moi. Niels interrompit mes amères réflexions de façon brusque :

- Nowhere land, terminus, tous les passagers sont invités à descendre. Et on se magne, dès que cette tire est à l’arrêt. Cela dit, pas de précipitation non plus : de l’efficacité et de la discrétion, vous n’avez pas oublié ça, j’en suis sûr. Allez, go.

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Co-work [6]

novembre 13th, 2007 | Category: Co-work,Compulsive logorrhea

T.o.d.a.y.I.s.

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- Et il n’y avait pas ne serais-ce qu’un mot dans le colis, du genre « salut mec, ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas vu en tête-à-tête hein ? »
- En tête-à-tête, oui, toujours aussi tordant à ce que je vois…
- Oh ça va, sois sarcastique si ça te chante, mais répond moi quand je te pose une question.
- Si.
- Et qu’est ce que ça disait ?
Niels passa sa main sur le haut du réfrigérateur, soulevant au passe un nuage de poussière grisâtre. Il déplia le papier qu’il avait réussi à saisir.

- « Avec mes compliments, ton vieil ami R. », plutôt succinct, n’est ce pas ?
- R, comme l’autre barge, si c’est bien à lui que je pense ?
- Lui-même oui, ça ne fait aucun doute.
- Il n’est pas censé être en taule ?
- Pas tout à fait, aux dernières nouvelles, il avait été transféré en hôpital psychiatrique, apparemment il n’était pas très respectueux de ses petits camarades de cellule, surtout de leurs cadavres en fait. Mais je ne vais pas te raconter les détails de ses nouvelles perversions…
- Il semblerait qu’il soit sorti, et j’ai dans l’idée qu’il n’est pas totalement guéri.
- Je me suis fait la même réflexion. Ce qui est gênant c’est qu’il a retrouvé ma trace et donc la notre, qu’il nous en veut et qu’à mon avis, il n’est pas seul.

C’était officiel, j’étais que je le veuille ou non impliqué dans ce merdier à partir de cet instant. Je n’avais de toute façon aucun moyen de refuser d’aider Niels, plus maintenant. Il savait encore beaucoup de choses, ça se sentait. Décidément, il prenait son temps.

- Pas seul, qu’est ce que tu entends par là ?
- Tu te souviens de nos petits « ennuis » en rapport avec Ralph, il y a quelques temps ?
- J’aurais du mal à ne pas m’en souvenir, j’en ai gardé quelques cicatrices qui m’ont valu pas mal d’interrogations de la part de la gente féminine, vois-tu…
- Eh bien j’ai appris qu’il avait rassemblé tous ceux qui restaient de son « équipe », les morts ne reviendront pas évidemment, mais si on fait un rapide calcul, ça fait une demi-douzaine de fêlés qui auraient mieux fait de nous oublier et qui seraient ravis de voir nos têtes à côté de celle d’An.
- Et nous sommes deux, bien, très bien… On est bien parti.
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Co-work [4]

octobre 08th, 2007 | Category: Co-work,Compulsive logorrhea

T.o.d.a.y

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J’attendais un grésillement venant de l’interphone ou un déclic venu de la serrure, mais ça n’a pas été le cas. Au lieu de ça, j’ai senti mon portable vibrer. J’avais un message. C’était plutôt concis étant donné qu’il n’y avait que cinq chiffres: « 08113″, sans doute le digicode. Comme je m’y attendais, la porte s’est ouverte comme par magie une fois la combinaison composée. J’ai vite monté les quatre étages, après tout je n’allais pas m’attarder à admirer la peinture décrépie de la cage d’escalier. Ça m’a permis de constater que j’étais encore relativement en forme puisque je n’étais pas essoufflé en arrivant devant la porte. J’allais sonner quand mon portable se remit à vibrer: « c’est ouvert ». Bon, j’étais peut être en forme, mais pas très discret, pour le coup. Tant pis, ça n’était pas le sujet de toute façon pour le moment.
J’ai doucement ouvert la porte, ne sachant pas trop à quoi m’attendre de l’autre côté. L’entrée était absolument et littéralement vide. Rien, personne et pas le moindre objet. Idem dans les pièces adjacentes, comme si l’appartement venait d’être acheté, ou déménagé. J’ai avancé dans la direction qui me semblait être celle de la chambre, me demandant soudainement ce que je foutais ici.

- Ouais viens-donc par ici.
- Niels?
- Qui d’autre couillon? Allez, rentre, je te dis.

Ce que j’ai fait. La première chose que j’ai remarqué a été le bordel strictement innommable, le désordre, le chaos absolu qui régnait dans cette pièce. Niels trônait, assis sur un lit qui semblait être le seul rescapé d’un tremblement de terre. Les placards débordaient de vêtements et de bouquins en vrac, le sol était jonché d’objets en tout genre et des meubles empilés les uns sur les autres remplissaient la majorité de l’espace. Je crois que je n’aurais su donner la couleur de la moquette (tout du moins je supposais que c’en était) tellement elle était recouverte d’immondices diverses. Niels semblait s’amuser de ma consternation et arborait un sourire narquois. Il n’avait pas vraiment changé depuis la dernière fois où je l’avais vu: grand, blond aux yeux gris, toujours aussi maigre, les traits taillés assez durement, affublé d’une coiffure digne d’un militaire et au look assorti, treillis et rangers. Pour l’instant il se contentait de me regarder, l’air de bien rire intérieurement, sans dire un mot.
Je me suis assis sur ce qui semblait être une chaise et j’ai attendu qu’il commence à parler. Ça n’a pas été long.

- Tu m’excuseras, je n’ai pas vraiment eu le temps de faire le ménage. Et puis je me suis dit que ce foutoir pourrait toujours servir si jamais j’avais des cadavres à planquer un jour.
- J’espère que tu ne m’as pas appelé pour ranger, cadavres ou pas.
- Pas tellement, non. Quoique si on parle de macchabées et de « faire le ménage »…
- Qu’est-ce que ça signifie au juste?
- Oh, sois pas pressé. Commençons par le commencement, qu’est-ce que tu es devenu pendant ces trois ans?

Pas de doute, c’était toujours le même, jamais pressé quand il s’agissait de mettre les autres au courant.

- Eh bien, pas grand-chose en fait, j’ai gentiment cultivé mon agoraphobie chez moi en me démerdant pour trouver de quoi subsister avec des boulots de merde quand ça devenait absolument nécessaire. J’ai manqué de me flinguer une dizaine de fois. La routine en gros, le lot quotidien d’un inadapté social, je suppose, ni plus ni moins. Tu étais où toi? J’ai entendu dire que tu avais pas mal bougé, non?

Il secoua la tête, me faisant comprendre qu’il ne comptait rien dire encore.

- J’ai dit chaque chose en son temps. Il s’est passé quoi au niveau de Lola?
- On va dire que ça a mal fini. De toute façon ça fait plus de deux ans, laisse ça.
- Ok, ok, sujet sensible, je vois. Et les deux autres, tu sais ce qu’ils deviennent?
- Pas vraiment.
- Pas vraiment hein…

Il s’est levé pour aller se placer devant la fenêtre, enjambant au passage une machine à écrire posée sur une pile de volumes de l’encyclopaedia universalis.

- Il se trouve que je le sais, moi. Et c’est précisément à ce propos que je t’ai fait venir.

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Co-work [2]

septembre 09th, 2007 | Category: Co-work,Compulsive logorrhea

Cette histoire est écrite en collaboration avec Distant-skies

Le principe est simple, chacun d’entre nous rédige une partie de l’histoire, il a fait le début, ceci est la deuxième partie. Pour lire la première (ce qui est plus que conseillé), je vous invite à cliquer sur le petit « T » ci-dessous.

T.o.d.a.

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J’ai donc traversé la place peuplée d’une pléthorique masse d’abrutis notoires en essayant de ne pas trop y prêter attention, chose d’autant moins évidente que c’est exactement le seul objectif de la majorité de ces piètres individus: qu’on s’intéresse à leur insupportable petite personne. Je n’y faisais tellement pas attention que j’ai fini par entrer en collision avec l’un d’entre eux, qui se trouvait être une sorte de masse dégoulinante de maquillage et dont l’accoutrement aurait fait hurler à la mort n’importe quel détecteur de métal et ce, à plus de cent mètres. La chose s’étala sur le sol dans un grand bruit de ferraille en vociférant d’une voix haut perchée et profondément risible. J’en étais là à le regarder du coin de l’œil, poursuivant mon chemin, quand je me suis rendu compte que j’étais cerné par une demi-douzaine de vampires maladifs qui semblaient appartenir à la plus pure engeance pseudo-gothique. Selon toute probabilité, ils cherchaient à m’intimider. Très bien, il sera dit que cette journée était placée sous le signe des emmerdements. Je me suis arrêté et j’ai consenti à retirer un de mes écouteurs.

- Je peux vous aider?

La chose que j’avais percuté s’adressa à moi, l’air très énervé, yeux exorbités et la bave aux lèvres:

- Ouais connard, t’as intérêt à t’excuser!

Je retenais un rire, sa voix était décidément trop ridicule, c’était vraiment un comble, c’est lui qui aurait du s’excuser pour cette nuisance sonore. L’ironie me semblait être la réponse la plus appropriée face à ce parasite.

- Parce que tu bouchais le passage?
- Putain, je vais te péter la gueule, tu verras qui bouche le passage!

Et il s’élança vers moi, tous pics dehors. Je n’ai eu qu’à me décaler sur le côté, le saisir par l’épaule, placer ma jambe devant son genou et accélérer son impulsion. Il s’étala, tête la première sur le sol avant même d’avoir compris qu’il allait être condamné à manger de la soupe pendant un certain temps. Il était complètement hors d’état de nuire.

- Des volontaires?

Etrangement, plus personne ne me barrait la route. Bande de nazes. J’ai remis mon écouteur droit avant de reprendre ma route d’un pas vif. C’est que j’allais finir par arriver en retard, avec toutes ces conneries.
J’ai fini par arriver à la station sans difficultés particulières. Il n’y avait qu’un petit vieux à attendre avec moi, j’étais tranquille. Le tram est arrivé, raisonnablement plein, c’est-à-dire que je pouvais me tenir en un point de celui-ci sans toucher personne. Ça, c’était plutôt appréciable, même si la seule vue de la faune emplissant la rame suffisait à m’incommoder.
Je savais que d’arrêts en arrêts, il y aurait de plus en plus de monde. Ça n’a pas loupé. J’ai vite fini écrasé entre une espèce de gros tas moustachu et suant et une pouffiasse modèle de luxe: string apparent et tee-shirt taille XXS à paillettes roses. Son visage était d’une beauté assortie à ses goûts vestimentaires, et elle ne cessait de me regarder d’un air outré, comme si j’étais une sorte de pervers qui passait son temps à serrer de près les morues dans son genre à l’intérieur des transports en commun.
Le tram freina brutalement à un arrêt et le gros derrière moi me projeta sur la fille. Hurlant un « espèce de connard! » particulièrement strident, elle me mit une gifle et sortit de la rame. Saloperie.
Il ne me restait heureusement plus que deux stations avant de descendre. Ma joue devait être bien rouge, parce que je sentais qu’on me regardait bizarrement. J’avais bien besoin de ça, tiens. Je me suis dépêché de retrouver l’espace extérieur une fois arrivé. Pas tellement mieux. C’était tout aussi mal fréquenté. Je pensai au message que j’avais reçu et me dit que je serais très énervé (et c’était un sacré euphémisme) si l’autre m’avait fait venir jusque chez lui pour rien. Ce n’était vraiment pas le genre de chose que je laissais passer sans brocher. Mais étant donné l’insistance que contenaient les quelques phrases que j’avais lues, j’avais de bonnes raisons de penser qu’il était très sérieux.

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F.l.i.e(s) [11] >End.

juin 01st, 2007 | Category: Compulsive logorrhea,F.l.i.e(s)

Part 11. [1] [2] [3] [4] [5] [6-7] [8] [9-10]

F.l.i.e(s) FULLFichier complet dans l’ordre chronologique. Au format PDF, pour lire ou imprimer.

J’avais essayé de parler alors que je marchais. Sans succès. J’étais muet, sans doute définitivement. Je savais que c’était de ma faute, mais la cause restait floue dans mon esprit, ma mémoire n’était pas bien revenue.

Je repensai à cet homme, Florent. Après son coup de téléphone il était revenu me parler, surtout de lui. Il m’avait dit être compositeur et chanteur, à l’occasion. C’était là, le déclic. Alors que j’avais tout oublié, une idée très nette s’était imprimée dans mon esprit: je haïssais la musique. Et encore plus, ceux qui la créaient.

Tout était alors allé très vite, j’avais été pris d’un accès de fureur totalement incontrôlée. Je me souviens d’une lourde statuette en pierre, froide dans ma main. Un choc, le sang chaud sur mes doigts. Je l’avais privé des siens, qu’il ne fabrique plus jamais ce que j’abhorrais tellement. Et ceux qui ne servaient pas, je les avais tordus jusqu’à la rupture, en me délectant de chaque craquement. Ensuite je l’avais ligoté, traîné dans sa chambre.

J’entendis une sirène au loin, qui se rapprochait. Je pris peur, mais réalisai rapidement que ce n’était pas la police. Dans l’éclair bleu d’un gyrophare, une ambulance me dépassa en trombe. Ce n’était rien de grave.

Cette interruption de mes pensées m’irrita. Où en étais-je déjà? Ah, oui… Cette chaleur, et le goût si particulier de fer rouillé du sang qui avait empli ma bouche quand j’avais mangé sa langue. Qu’il soit muet, lui aussi. Il le méritait.

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F.l.i.e(s) [9-10]

mai 31st, 2007 | Category: Compulsive logorrhea,F.l.i.e(s)

Part 9 & 10. [1] [2] [3] [4] [5] [6-7] [8]

L’ordre de tout cela commençait à lui revenir. Disparition, recherche, transformation. Et maintenant, la fuite. Quelque chose avait motivé son changement, il n’arrivait pas vraiment à déterminer quoi. Il y avait eu ce déclic, cette pulsion. L’autre était sans défense, confiant. Ça n’avait pas été très long. Ce sentiment qu’il avait ressenti dans l’action, cette puissance… il n’aurait su dire d’où cela provenait. Mais, indéniablement, il avait adoré ça.

_ _ _ _ _ _ _ _

Une flaque rouge sombre. Au milieu, Florent, étendu face contre sol, les bras attachés dans le dos. Il semblait respirer, mais ne fit aucun signe pouvant montrer qu’il m’avait entendue arriver.

- « Florent… c’est moi, claire, tu m’entends? »

Voyant qu’il ne répondait pas, je fis la seule chose sensée qui me passait par la tête: j’appelai le 112. On serait ici dans une dizaine de minutes, le plus tôt possible apparemment. Comme cela me semblait long…

Je me baissai au niveau de Florent, je savais qu’il ne fallait pas le toucher, à cause de la colonne vertébrale, on ne savait jamais. Mais je voulais voir si je pouvais le détacher. Ses vêtements avaient la teinte marron du sang qui sèche, et en me penchant sur les liens, je vis pourquoi. Il lui manquait trois doigts à chaque main. Le pouce, l’index et le majeur. Tous trois coupés à la base. Ce spectacle me révulsa d’effroi et je dus faire un effort pour ne pas sombrer dans la panique. Je me rendis compte que les doigts qui restaient avaient été à chaque fois brisés, et leur torsion anormale ne faisait qu’ajouter à l’horreur de cette vision. Je ne tiendrais pas longtemps à supporter ça, je le savais. Je me demandais ce qui avait causé le reste de l’épanchement, sous la tête. Je me mis à espérer qu’il n’avait pas perdu trop de sang et qu’il, ne lâcherait pas avant l’arrivée des secours, et de la transfusion dont il aurait certainement besoin.

Je tremblais tant que je dus m’asseoir contre un mur. Je n’arrivais pas à croire que j’étais vraiment en train de vivre cette situation. C’était forcément… autre chose, un cauchemar, n’importe quoi d’autre.

J’étais, en plus de tout le reste, torturée par deux questions: Qui? Et Pourquoi? ça semblait impossible qu’un gamin ait pu faire ça à Florent, il avait beau ne pas être très impressionnant physiquement, il avait 23 ans et un corps d’adulte. Le père du gosse? Un psychopathe de passage? Il fallait au moins un motif, quelque chose…

La sonnette se fit enfin entendre, trois hommes. Ils firent vite et posèrent peu de questions. Florent fut emmené dans une civière et je demandai à l’accompagner dans l’ambulance. Il faudrait sans doute faire une déposition une fois à l’hôpital. Et je ne voulais pas le laisser seul, j’avais tellement peur pour lui. Sirène hurlante, le temps filait.

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